Parade contre l’ennemi à pattes jaunes.

Depuis septembre, nos colonies subissent les assauts de Vespa velutina nigrithorax plus connu sous le nom de frelon asiatique ou frelon à pattes jaunes. 

 

Au début, le nombre de frelons sur le rucher était faible mais aujourd’hui nous pouvons en dénombrer quatre à cinq devant chaque ruche. Le prélèvement devant les ruches devient important jusqu’au point de stresser les abeilles et réduire l’activité des colonies.

Le frelon asiatique se stabilise à 30 ou 40 cm de la planche d’envol en attente des butineuses chargées de nectar et de pollen. Il se jette alors sur sa proie, part se poser un peu plus loin pour sectionner la tête et l’abdomen et ne conserver que le thorax riche en protéines.

Sous la pression des frelons asiatiques, les abeilles se groupent sur la planche d’envol en mode défensif et ne vont plus prélever le nectar, le pollen ou l’eau nécessaire à la ruche ce qui provoque un arrêt de ponte de la reine.

Devant ce fléau, nous avons décidé de protéger nos ruches. Après avoir étudié la palette de solutions offertes aux apiculteurs, nous avons testé :

  • l’introduction de poules noires qui se révèlent peu friandes de frelons ;
  • l’installation de réducteurs d’entrée spécifiques : une portière d’entrée dont l’ouverture est limitée à 5,5 mm au lieu des trous 8,5 mm habituels. Si ce dispositif empêche l’entrée des frelons dans les ruches faibles, il se révèle insuffisant pour rassurer les abeilles.
  • l’implantation d’herbes hautes devant les ruches. Il a fallu tout d’abord identifier la bonne variété de graminées : persistante, rustique, … A priori Stipa arundinacea sirocco répondait à nos besoins mais le paysagiste est en rupture …

 

Nous avons donc décidé de tester les « muselières ». Pierre, notre spécialiste bois, a réalisé un premier prototype avec bois et grillage à mailles 25 x25 mm.

Ce dispositif offre un espace protégé devant la ruche.

Après quelques jours d’adaptation les abeilles entrent et sortent sans difficulté, les frelons sont tenus à distance (en vol son envergure est de 40 mm).

Après ce premier test plutôt positif, cette semaine nous avons installé les muselières sur toutes nos ruches.

Enfin, pour information, un plan d’action contre le frelon asiatique a été mis en place en 2017 dans le Calvados afin de protéger l’apiculture, la population et la biodiversité. Ce plan est supervisé par la FREDON. La destruction des nids sera à la charge des communes qui pourront bénéficier de 30% de subvention du Conseil Départemental.

 

 

 

La perception visuelle de l’homme et de l’abeille est très différente

La perception visuelle de l’homme et de l’abeille est très différente.

Les expériences détaillées dans l’article de «  La santé de l’abeille » n° 254 pages 29- 37 démontrent par exemple que l’abeille distingue le bleu du jaune mais confond le rouge et le noir. L’abeille est sensible à la lumière ultraviolette que l’œil humain ne voit pas.

Figure 1 :  spectre visuel

Les surfaces blanches qui absorbent différemment les rayons ultra-violet sont perçues comme différentes par l’abeille qui peut donc identifier plusieurs variétés de fleurs blanches identiques en apparence pour nous. Grâce à sa vision des UV l’abeille distingue des « pistes d’atterrissage » que nos yeux ne nous permettent pas de voir.

Figure 2 : vision UV

Dans nos régions, la plupart des plantes dont la pollinisation dépend des abeilles sont bleues ou jaunes, et on peut penser que les abeilles distinguent ces couleurs là. Mais on pourrait se demander longtemps comment l’abeille « voit » le coquelicot sans trouver de réponse dans la littérature très abondante sur la perception visuelle comparée de l’homme et des animaux …

 

Toutes ces études sur la vision présentent un intérêt pratique pour nous permettre de concevoir des motifs visuels colorés pour différencier nos ruches, à la fois pour nous et pour nos abeilles.

Pour nous, l’essentiel est de pouvoir identifier simplement nos ruches pour bien prendre des notes lors de nos travaux au rucher. Pour l’instant nous n’avons pas encore opté pratiquement entre les nommer (Dalila, Bernard, etc), les numéroter (1 ; n) ou les classer (A ; B) ?

Pour les abeilles, quand les ruches sont alignées, il est difficile pour une butineuse de localiser sa propre ruche et quand il n’y a pas de marques clairement distinctives entre une ruche et sa voisine, il y a un risque de dérive de l’une à l’autre. Une butineuse chargée de nectar est acceptée par la colonie voisine ; ceci explique que les colonies situées aux extrémités d’une rangée de ruches uniformes produisent plus de miel que celles installées au milieu.

 

La longue expérience des apiculteurs et celle des chercheurs nous permet de comprendre que l’abeille perçoit bien la différence entre des formes constituées de sortes de « code barres » diversement inclinés :

 

 

 

 

 

 

 Figure 3 : exemples de pattern

 

En jouant sur un choix de ces différentes formes associées à une palette de trois couleurs (jaune, bleu et vert), à nous d’imaginer la combinatoire florale qui nous plaît et qui plaira à nos abeilles. Ainsi nous pouvons concevoir et ajouter sur nos ruches des « casquettes à motifs colorés avec grillage » pour influencer favorablement le bien-être de nos abeilles. Parce que le problème n’est pas seulement de les prémunir de la dérive mais aussi et surtout contre les attaques du terrible « péril jaune » !…

 

Henri R.