Dei servat Apes, Apes servat homines.

Dieu sauve les abeilles, les abeilles sauvent les hommes.

Dans le roman de Valérie Valeix « Echec à la reine », une apicultrice enquête sur la disparition d’un vieux maître-berger d’abeilles qui était son mentor et un peu son père adoptif. Le Papé lui laisse une lettre testament par laquelle il lègue tous ses biens à l’Apis Dei. Cette « abeille divine » est une confrérie secrète fondée en 1816 par le fameux égyptologue Champollion.

L’Apis Dei fonctionne sur le modèle de la ruche et de la franc-maçonnerie :

L’initié doit travailler toute sa vie pour donner le meilleur de lui-même sous le regard  de la Reine, Grand Architecte de l’Univers. L’Apis Dei est donc composée d’une reine, qui a tous les pouvoirs, y compris celui de vie ou de mort. Sa garde rapprochée est composée de huit membres qui constituent un conseil d’administration. En 1825, sous l’influence de Chateaubriand une mouvance radicale a intégré la société. Depuis lors, ce conseil de huit membres est composé de deux fratries appelées cellules : cellule Champollion pour les Libéraux, cellule Chateaubriand pour les Radicaux. En principe, l’égalité entre les deux tendances est respectée. Pour maintenir cet équilibre entre les gentils et les méchants, le conseil est renouvelé de ses membres mâles inactifs à la fin de l’été. La doctrine de l’ Apis Dei est de reconstituer le cheptel apicole d’avant le début de l’effondrement des colonies, considéré comme le début du grand collapsus généralisé. Cette reconstitution doit se faire avec la race pure, celle de l’écotype de l’abeille européenne. L’apis Dei œuvre dans l’ombre pour promouvoir la médecine verte, convertir les utilisateurs de pesticides (agriculteurs et grands laboratoires pharmaceutiques) et enseigner partout la sagesse de l’abeille : produire sans détruire. Voilà qui nous intéresse, alors ouvrons le livre !… Pour lutter contre cette secte aux ramifications puissantes, l’héroïne va mobiliser toute son énergie, et toute son intelligence. De l’énergie, elle en a à revendre et il en faut pour sortir indemne d’un incendie, escalader de nuit les murs du château de Rocamadour, déjouer son assassin, tout en s’occupant de ses abeilles !… De l’intelligence, elle en a aussi pour décrypter les hiéroglyphes cachés au fond des ruches, pour déjouer les écoutes téléphoniques, pour confondre le faux-frère déguisé en pèlerin et la vraie espionne déguisée en éleveuse de chèvre, sans parler de la très belle et distinguée directrice de musée ni du docteur Wang, directeur du laboratoire pharma- Gaïa de Limoges…

Pour mener à bien son enquête, l’apicultrice va se faire des alliés : un beau gendarme (baroudeur, alsacien et de retour d’Afghanistan), un autre plus sage et plus âgé qui la conseille en secret…

On est là dans une autre tradition du roman policier que celle de Peter May. Il s’agit du genre  thriller, du « tourne page » où l’action nous entraine, où l’histoire rebondit à chaque fin de chapitre. C’est enjoué, c’est enlevé et comme dans les romans de Dan Brown (Le Da Vinci Code etc.) il y a une secte, une histoire où l’on rencontre la grande Histoire, des symboles, de l’action et puis des bons et des méchants. Bien sûr les méchants sont bien punis à la fin. Et comme on en redemande, et que tous les membres de la secte ne sont pas sous les barreaux, les  prochains épisodes sont déjà parus… Nous allons nous précipiter pour lire « La fumée du diable », « Confession d’un pot de miel » et « Abeilles, crimes et champagne » trois opus de la nouvelle collection « écriture apicole » des éditions Palémon. Nous sommes ravis de plonger dans l’univers de la première romancière « apicole » pour vivre les nouvelles aventures d’Audrey l’apicultrice aussi vrombissante que ses abeilles !…

Henri ROUSSEL

Les abeilles ont-elles la bosse des maths?

Une étude sur les compétences en arithmétique des abeilles, faite en Australie et publiée dans « Science Advances » montrerait qu’elles ont une « bosse des maths ».

L’expérience, dont le résultat fait le « buzz » dans l’ensemble de la médiasphère a été conduite sur 14 abeilles qui ont été dressées à faire un choix dans un labyrinthe en Y. Ce qui fait tout le mérite de cette étude c’est le protocole : 100 apprentissages sur 14 abeilles testées chacune 10 fois sur deux scenarii différents, un pour l’addition, l’autre pour la soustraction.

Scenario addition

Sur la figure 1 on voit le scénario « addition » avec un motif « DEUX carrés bleus ».

La récompense (reward) est de l’eau sucrée. La punition (punishment) c’est de l’eau avec de la quinine (très amère).

Après apprentissage, l’abeille choisi de s’orienter vers  le motif « TROIS carrés bleus » (en haut à droite).

Figure 1 : Scénario « ADDITION »

Dans le deuxième scénario, celui de la soustraction (fig. 2), l’abeille apprend le choix : « un carré jaune en moins » : elle voit d’abord « TROIS carrés jaunes » et apprend à choisir la réponse correcte (correct answer) « DEUX carrés jaunes »

Figure 2 : Scénario « SOUSTRACTION »

Essentiellement la première image vue par l’abeille dans le test contenait une forme (par exemple un carré) et deux couleurs (jaune ou bleue). Ni le nombre, ni la forme n’avait été présenté pendant l’apprentissage. Elle ne pouvait donc pas mémoriser la réponse correcte.

Les résultats montrent que l’abeille réussit mieux que « au hasard » c’est à dire entre 64 et 72% des cas. Peut-on en conclure que l’abeille est capable d’apprendre l’addition et la soustraction?

Ce que l’on peut dire c’est que le résultat de l’expérience montre :

  1. Que l’abeille est capable d’établir une différence de quantité. Par exemple que le champ de fleurs bleues à droite est plus riche que le champ de fleurs bleues à gauche.
  2. Que l’abeille est capable d’apprendre à se diriger vers le champ de fleurs dont la quantité augmente (dans le cas de l’exemple vers le champ de fleurs bleues).
  3. Que l’abeille est capable d’apprendre à se diriger vers le champ de fleurs dont la quantité diminue, par exemple le champ de fleurs jaunes à gauche. Mais elle ne le fait que si elle est récompensée par de l’eau sucrée, ce qui est l’équivalent d’une bonne collecte de nectar. Chose qui est possible dans la nature : un champ pauvre en fleurs mais dont les fleurs sont très nectarifères.

Conclure que l’abeille est capable de « calculer » la différence est simplement une exagération. L’abeille est capable d’apprendre à aller vers un butin dont elle a gardé en mémoire qu’il était plus riche qu’un autre même si « visuellement » il était de quantité moindre.

Ce qui est certain c’est qu’elle peut discriminer entre deux groupes d’objets celui qui est plus grand d’une unité ou plus petit d’une unité.

Le Dr Adrian Dyer de l’Université de Melbourne en Australie d’ailleurs ne s’y trompe pas : il écrit en conclusion de son article « une chose est d’évaluer une différence de quantité et une autre chose est de calculer un nombre mesurant cette différence de quantité ».  

Les résultats de l’expérience ne permettent pas de conclure quand à la capacité de l’abeille d’acquérir des compétences comptables! …

Cette étude est d’abord une réussite des chercheurs quand à leur patience dans la conduite de l’expérience d’apprentissage chez l’abeille. Mais des recherches pouvant démontrer que l’abeille est capable de calculer risque de prendre encore quelque temps! …

La notion d’addition et de soustraction est complexe : l’enfant humain ne l’acquiert qu’après un apprentissage difficile et parfois achoppe sur la compréhension du concept « ZERO » nécessaire au « calcul ».

La vraie conclusion de l’expérience  est la démonstration de la compétence de l’abeille à apprendre à résoudre des problèmes de choix contre-intuitifs, ce qui au niveau de l’intelligence de la situation n’est pas si mal : Pas folle la guêpe!… 

Nous aimons nos enfants et aussi nos abeilles. Alors gardons-nous de les compter ensemble comme torchons et serviettes et de confondre « calculer » et « évaluer ».

Copyright: Henry Roussel _ lespetitscarresdecaen.fr

Les disparus du phare

L’ami Pascal Hurel nous recommande la lecture du livre de Peter May « Les disparus du phare ». Il y a dans ce roman au moins deux choses que l’on aime : des abeilles et des bateaux!…

Peter May est célèbre dans l’univers du roman policier. Dans cette littérature le principe, que Peter connaît bien, est que le lecteur doit avoir la satisfaction de progresser vers la vérité!…

 

 

La grande prêtresse du genre, Agatha Christie, a connu un succès planétaire en 1926 avec son roman « Le meurtre de Roger Ackroyd ». La romancière avait osé enfreindre le principe essentiel. Pour la première fois, le narrateur était lui même l’assassin !… Le pacte de lecture qui lie l’auteur d’un roman policier à son public était rompu, le lecteur ne pouvait pas progresser vers la vérité puisqu’il était censé la connaitre dès le premier chapitre !

 

Dans « Les disparus du phare », Peter May fait encore mieux que la patronne!…Dès la première ligne, le narrateur a totalement perdu la mémoire. Il pense qu’il pourrait bien être l’assassin, alors il cherche partout, et il embarque le lecteur avec lui. C’est très difficile de raconter une histoire du point de vue d’un amnésique!… Il faut reconnaître que c’est magnifiquement bien fait. La vérité, bien sûr ne se dévoile qu’à la toute fin du livre.

 

L’action se déroule dans le décor sublime des îles Hébrides, au nord de l’Ecosse. Des chercheurs y élèvent des abeilles dans un environnement de bruyères encore vierge de toute contamination par les pesticides. Ils veulent comparer tous les paramètres de la santé de ces abeilles témoin à celle d’un rucher expérimental ou les bruyères sont traitées à l’imidaclopride. Les données de l’expérience sont recueillies à distance grâce aux capteurs dont sont équipées les ruches. Un statisticien caché dans une caravane dépouille tous les résultats…

 

Le réseau de chercheurs parviendra-t-il à rédiger la publication scientifique accusant le Goliath de l’agrochimie ? Le narrateur retrouvera-t-il la mémoire ? Pourquoi tant de cadavres, d’hommes et d’abeilles? La lumière viendra du phare!…

A lire dans son hamac pour préparer le plan Bee de la rentrée!…

Henri Roussel.