C’est l’effervescence dans nos ruchers …

Pourtant ceux qui connaissent le calendrier apicole savent que la fin de l’automne n’est normalement pas une période d’activité intense … Mais nous avons eu le feu vert de la Ville de Caen pour déplacer deux de nos ruchers sur de nouveaux emplacements. L’occasion pour nous de confirmer que notre concept d’enclos rucher urbain est déplaçable.

Le rucher qui avait été implanté au pied de l’Hôtel de Ville au début de l’été 2019 est désormais installé à la Colline aux Oiseaux, un véritable écrin pour nos abeilles. Celui situé derrière la base d’aviron a été transféré sur le Parc de Secqueville sur la sollicitation des habitants du quartier et avec l’accord de la Ville de Caen et de Caen La Mer Habitat ; Dans cet espace ouvert il remplira mieux ses fonctions de sensibilisation à la présence des abeilles en milieu urbain.

Après la sécurisation et le déplacement des ruches la veille par les apiculteurs, une dizaine de personnes se sont retrouvées samedi matin sur l’esplanade Jean-Marie Louvel à Caen. Le démontage a été rapidement mené, sous la houlette de Valentin. A 10h30, le convoi partait vers la colline aux oiseaux.


Arrivés dans le parc, le rucher est rapidement remonté et ajusté pour s’inscrire naturellement dans le Clos Normand des Jardins de France situé au-dessus de la roseraie.


Deuxième chantier : Dimanche après-midi, les apis se sont retrouvés pour préparer le déménagement des ruches du rucher « canal » et rendez-vous a été donné lundi matin aux bras affutés pour le démontage/remontage de l’enclos. Forts de notre expérience de samedi, l’opération de démontage a été encore plus rapide.

Notre arrivée sur site était attendue, nous sommes rapidement rejoints par des habitants du quartiers et les mains vertes du jardin partagé tout proche. L’occasion pour nous de présenter la vocation du rucher en passant de quartier en quartier d’une saison à l’autre de sensibiliser l’ensemble de la population au monde des abeilles et à la sauvegarde de la biodiversité.

Très enthousiastes, les jardiniers amateurs nous demandent quelles plantes installer pour nourrir nos protégées …

Attendons maintenant les beaux jours pour investir pleinement ces nouveaux espaces.

Les abeilles ont-elles la bosse des maths?

Une étude sur les compétences en arithmétique des abeilles, faite en Australie et publiée dans « Science Advances » montrerait qu’elles ont une « bosse des maths ».

L’expérience, dont le résultat fait le « buzz » dans l’ensemble de la médiasphère a été conduite sur 14 abeilles qui ont été dressées à faire un choix dans un labyrinthe en Y. Ce qui fait tout le mérite de cette étude c’est le protocole : 100 apprentissages sur 14 abeilles testées chacune 10 fois sur deux scenarii différents, un pour l’addition, l’autre pour la soustraction.

Scenario addition

Sur la figure 1 on voit le scénario « addition » avec un motif « DEUX carrés bleus ».

La récompense (reward) est de l’eau sucrée. La punition (punishment) c’est de l’eau avec de la quinine (très amère).

Après apprentissage, l’abeille choisi de s’orienter vers  le motif « TROIS carrés bleus » (en haut à droite).

Figure 1 : Scénario « ADDITION »

Dans le deuxième scénario, celui de la soustraction (fig. 2), l’abeille apprend le choix : « un carré jaune en moins » : elle voit d’abord « TROIS carrés jaunes » et apprend à choisir la réponse correcte (correct answer) « DEUX carrés jaunes »

Figure 2 : Scénario « SOUSTRACTION »

Essentiellement la première image vue par l’abeille dans le test contenait une forme (par exemple un carré) et deux couleurs (jaune ou bleue). Ni le nombre, ni la forme n’avait été présenté pendant l’apprentissage. Elle ne pouvait donc pas mémoriser la réponse correcte.

Les résultats montrent que l’abeille réussit mieux que « au hasard » c’est à dire entre 64 et 72% des cas. Peut-on en conclure que l’abeille est capable d’apprendre l’addition et la soustraction?

Ce que l’on peut dire c’est que le résultat de l’expérience montre :

  1. Que l’abeille est capable d’établir une différence de quantité. Par exemple que le champ de fleurs bleues à droite est plus riche que le champ de fleurs bleues à gauche.
  2. Que l’abeille est capable d’apprendre à se diriger vers le champ de fleurs dont la quantité augmente (dans le cas de l’exemple vers le champ de fleurs bleues).
  3. Que l’abeille est capable d’apprendre à se diriger vers le champ de fleurs dont la quantité diminue, par exemple le champ de fleurs jaunes à gauche. Mais elle ne le fait que si elle est récompensée par de l’eau sucrée, ce qui est l’équivalent d’une bonne collecte de nectar. Chose qui est possible dans la nature : un champ pauvre en fleurs mais dont les fleurs sont très nectarifères.

Conclure que l’abeille est capable de « calculer » la différence est simplement une exagération. L’abeille est capable d’apprendre à aller vers un butin dont elle a gardé en mémoire qu’il était plus riche qu’un autre même si « visuellement » il était de quantité moindre.

Ce qui est certain c’est qu’elle peut discriminer entre deux groupes d’objets celui qui est plus grand d’une unité ou plus petit d’une unité.

Le Dr Adrian Dyer de l’Université de Melbourne en Australie d’ailleurs ne s’y trompe pas : il écrit en conclusion de son article « une chose est d’évaluer une différence de quantité et une autre chose est de calculer un nombre mesurant cette différence de quantité ».  

Les résultats de l’expérience ne permettent pas de conclure quand à la capacité de l’abeille d’acquérir des compétences comptables! …

Cette étude est d’abord une réussite des chercheurs quand à leur patience dans la conduite de l’expérience d’apprentissage chez l’abeille. Mais des recherches pouvant démontrer que l’abeille est capable de calculer risque de prendre encore quelque temps! …

La notion d’addition et de soustraction est complexe : l’enfant humain ne l’acquiert qu’après un apprentissage difficile et parfois achoppe sur la compréhension du concept « ZERO » nécessaire au « calcul ».

La vraie conclusion de l’expérience  est la démonstration de la compétence de l’abeille à apprendre à résoudre des problèmes de choix contre-intuitifs, ce qui au niveau de l’intelligence de la situation n’est pas si mal : Pas folle la guêpe!… 

Nous aimons nos enfants et aussi nos abeilles. Alors gardons-nous de les compter ensemble comme torchons et serviettes et de confondre « calculer » et « évaluer ».

Copyright: Henry Roussel _ lespetitscarresdecaen.fr